Que deux secondes ou une poignée de plans suffisent à faire grimper l’excitation des fans, c’est tout le paradoxe des scènes post-génériques dans l’univers Marvel. Thor : Love and Thunder ne déroge pas à la règle, et offre son lot de surprises à qui prend le temps de rester jusqu’aux derniers crédits. Que cachent ces moments furtifs ? Jetons un œil sans détour sur ce qu’ils révèlent, et sur les pistes qu’ils ouvrent pour les prochaines aventures du Dieu du Tonnerre.
Brett Goldstein en Hercule
Brett Goldstein s’invite dans l’arène. Le public n’a pas eu besoin de plus d’une apparition pour réagir : la révélation d’Hercule, campé par Goldstein, alias Roy Kent dans Ted Lasso, a déclenché un véritable éclat de rire dans la salle. Ce demi-dieu, surnommé le « prince du pouvoir », débarque dans le MCU lors de la scène de milieu de générique. Zeus, vexé de voir les super-héros récolter la gloire jadis réservée aux dieux, décide de lâcher son propre champion dans la bataille : Hercule, son fils.
Pour les passionnés de comics, cette arrivée n’est pas un simple clin d’œil, mais l’aboutissement d’une attente qui dure depuis les années 60. Dès sa première apparition dans Journey Into Mystery Annual #1 en 1965, Hercule s’est imposé comme rival de Thor. Il a mené ses propres aventures, la série Incredible Hercules fait encore figure de référence, mais son impact se mesure surtout à travers les équipes qu’il a rejointes au fil des décennies. Avengers, Champions (celui d’avant Kamala Khan et Miles Morales, avec Black Widow et Ghost Rider) et, plus récemment, les Gardiens de la Galaxie, à qui il a prêté main forte contre Zeus lui-même.
Ce choix de personnage ne se limite pas à un effet de surprise. Il interroge sur la dynamique même de la saga. D’abord, il y a la question de la personnalité. Dans les comics, Thor, avant l’ère Waititi, incarne la noblesse, parfois distant mais toujours royal. Hercule, au contraire, fonce tête baissée dans chaque aventure, l’œil malicieux et le sourire en coin. Or, le Thor des films ressemble de plus en plus à l’Hercule papier : bon vivant, irrévérencieux, prêt à l’autodérision. Cette proximité des caractères soulève l’enjeu du renouvellement : comment Marvel distinguera-t-il désormais les deux figures ?
Un autre point de débat touche à la sexualité d’Hercule. Le personnage, dans les bandes dessinées, est ouvertement bisexuel, des relations avec Mockingbird, Marvel Boy et d’autres en attestent. Le MCU a commencé à intégrer des héros non hétérosexuels (Eternals, Loki, et même Love and Thunder), mais la dimension sentimentale reste souvent esquivée ou minimisée. Disney, maison-mère, est-elle prête à assumer le parcours complet d’Hercule ?
Pour l’instant, la scène où il apparaît ne livre que peu d’indices sur la trajectoire à venir. Le choix de Brett Goldstein donne cependant une piste. Dans Ted Lasso, l’acteur a montré qu’il savait apporter nuances et humour à un rôle taillé pour la rudesse. Si le MCU décide d’inverser les traits de caractère, et d’attribuer à Hercule la gravité dont Thor était jadis porteur, Goldstein a toutes les cartes en main pour transformer ce colosse en personnage captivant.
Jane Foster au Valhalla
Le dernier plan de Thor : Love and Thunder semble d’abord anecdotique. Pas de nouveau visage à l’horizon, mais un adieu, tout en douceur : Jane Foster, disparue, franchit les portes du Valhalla. Le décor est étonnamment désert, alors que l’au-delà devrait regorger d’âmes après les ravages de Surtur et Thanos. Pourtant, un compagnon attend Jane : Heimdall, que l’on croyait définitivement perdu depuis sa mort au début d’Avengers : Infinity War, l’accueille et la remercie pour avoir protégé son fils Axel.
Les lecteurs de comics ne tomberont pas de leur chaise : la résurrection de Jane a déjà eu lieu sous la plume de Jason Aaron et du dessinateur Russell Dauterman dans Mighty Thor #706 en 2018. Dans cette version, Mjolnir n’a pas suffi à vaincre la maladie, mais Jane a fini par revenir à la vie, conformément aux habitudes du genre. Elle a continué de jouer un rôle déterminant lors de l’attaque de Malekith l’Elfe Noir, puis s’est imposée comme Valkyrie dans la suite de la saga.
Dans le MCU, cette scène post-crédit a une portée différente. Elle sonne comme une révérence, une façon de saluer les piliers de la saga Thor. Mais elle fonctionne aussi à un autre niveau. Natalie Portman avait pris ses distances avec Marvel après le départ de la réalisatrice Patty Jenkins de Thor : Le Monde des Ténèbres. Son absence s’était faite sentir dans les épisodes suivants. Idris Elba, lui, avait fait ses adieux à Heimdall sur Instagram après Infinity War, laissant entendre qu’il ne reprendrait pas le rôle. Voir les deux comédiens réunis pour un dernier tableau, c’est aussi rappeler que tout est possible dans l’univers Marvel, même les retours les plus improbables.
En définitive, la scène rappelle un principe cher aux amateurs de comics : la mort n’est qu’une parenthèse, jamais un point final. Jane Foster et Heimdall ont quitté la scène, mais qui sait ? Leur histoire pourrait bien reprendre là où on l’attend le moins.


