Raisons scientifiques de ne pas voyager sur Mars : mythe ou réalité ?

700 fois. C’est l’écart de rayonnement cosmique ionisant mesuré entre Mars et la Terre, d’après la NASA. Sur la planète rouge, la science ne fait pas de cadeaux : chaque jour passé là-bas augmente les risques de cancers, de troubles neurologiques et d’atteintes irréversibles pour l’organisme humain. Et ce n’est qu’un début.À ce cocktail s’ajoutent l’isolement le plus total, la microgravité qui détraque la physiologie, l’absence de toute échappatoire médicale en cas de pépin. Certains scientifiques alertent aussi sur un autre point : l’éloignement prolongé de la biosphère terrestre, ce lien invisible au vivant, pourrait provoquer des réactions psychiques encore jamais observées.

Mars, une planète hostile : ce que révèle la science

Sur Mars, chaque paramètre semble vouloir tenir l’humain à distance. L’atmosphère ? Une brume ténue, composée à plus de 95 % de dioxyde de carbone. La pression ? Cent fois plus faible que sur Terre. L’oxygène n’existe presque pas, l’air est impropre à la respiration et la planète n’offre aucune protection efficace contre les rayonnements venus de l’espace. Sur Mars, la vie humaine sans assistance technique est condamnée d’avance.

Voici, en détail, les obstacles scientifiques identifiés :

  • Températures extrêmes : La moyenne tourne autour de,63°C, et les nuits martiennes plongent bien plus bas.
  • Rayonnements cosmiques et gamma : Faute de champ magnétique, Mars laisse passer des flux dangereux pour les cellules et l’ADN.
  • Eau liquide : Disparue de la surface, elle subsiste principalement sous forme de glace ou en traces dans l’atmosphère.

Les robots Curiosity et Perseverance, envoyés par la NASA et le Jet Propulsion Laboratory, l’ont confirmé : le sol martien est stérile, pauvre en matière organique. Certes, la présence d’eau liquide dans un lointain passé a été prouvée, mais cette histoire ancienne ne change rien à la donne : Mars ne propose aujourd’hui aucune condition favorable à la vie humaine.

Mars n’est pas la porte à côté. 225 millions de kilomètres, en moyenne, séparent la Terre de la planète rouge. Cette distance, qui fait rêver les amateurs de science-fiction, rappelle aussi la brutalité des lois physiques. Les ambitions d’exploration ou de colonisation se heurtent à une réalité martienne qui ne fait pas de compromis.

Quels sont les principaux défis techniques et physiologiques pour les missions habitées ?

Envoyer un équipage sur Mars, ce n’est pas simplement changer d’adresse dans l’espace. C’est affronter une succession d’obstacles technologiques et biologiques, parfois inédits. Le trajet Terre-Mars, c’est entre six et huit mois de voyage. Durant ce périple, les astronautes reçoivent des doses de rayonnements cosmiques bien supérieures à celles mesurées sur la Station spatiale internationale.

Arrivés sur place, il faudra survivre dans un environnement où chaque paramètre réclame des solutions radicales. Températures glaciales, pression infime : rien ne sera possible sans habitats pressurisés ni scaphandres à la pointe de l’ingénierie. À cela s’ajoute la gravité martienne, trois fois plus faible que celle de la Terre, qui accélère la fonte musculaire et la perte osseuse déjà observées lors des longues missions spatiales. Le mental, aussi, sera mis à l’épreuve : isolement, confinement, éloignement total de la planète d’origine.

Côté technique, la production d’oxygène et d’énergie reste un casse-tête. L’expérience MOXIE a réussi à extraire un peu d’oxygène du dioxyde de carbone martien, mais rien à l’échelle industrielle. Les panneaux solaires voient leur rendement chuter dès que les tempêtes de poussière s’invitent. Les réacteurs nucléaires comme Kilopower pourraient devenir indispensables.

Pour donner un aperçu des complexités à résoudre, voici les principaux défis qui attendent les pionniers :

  • Nourriture : La culture hydroponique, faute de sol fertile et d’eau liquide abondante, devient la seule piste sérieuse pour nourrir un équipage sur place.
  • Protection contre les radiations : Se terrer sous des dômes pressurisés enterrés ou recouverts de régolithe martien s’impose pour limiter l’exposition permanente aux rayonnements.
  • Logistique du retour : Sans produire de carburant localement, le retour repose sur l’envoi massif de ressources depuis la Terre, une dépendance vertigineuse.

À chaque solution technique correspondent des problèmes inédits, des risques à anticiper, des arbitrages à faire. La perspective d’habiter Mars ne relève plus de l’utopie, mais s’apparente à une série d’épreuves concrètes, posées par la nature même de la planète.

Coloniser Mars : entre fantasmes, réalités et limites actuelles

Mars occupe une place à part dans l’imaginaire collectif. Le récit de la conquête, entretenu par la science-fiction et popularisé par des figures comme Elon Musk, promet la création d’une « planète B », un refuge pour l’humanité si la Terre venait à faillir. SpaceX, avec Starship et Super Heavy, affiche l’ambition de transporter humains et matériel sur la planète rouge. L’idée séduit, mais la réalité scientifique remet vite les pieds sur terre.

Pas d’atmosphère respirable, pas de champ magnétique protecteur. La pression martienne n’atteint même pas 1 % de celle de la Terre. L’air, saturé de dioxyde de carbone, condamne à la dépendance totale aux technologies de survie. La surface, glaciale et bombardée de radiations, est balayée par des tempêtes de poussière d’une intensité redoutable. Le rêve de terraformation reste du domaine de l’hypothèse : à l’échelle planétaire, aucune validation scientifique ne permet d’espérer un changement rapide.

La planète B, pour l’instant, n’existe pas. La Terre demeure la seule oasis accessible à notre espèce. Les projets de la Mars Society, les simulations, les analyses du Mars Science Laboratory et du rover Curiosity dressent tous le même constat : la rudesse de l’environnement martien impose des limites que la technologie seule ne suffit pas à franchir. Coloniser l’espace réclame du temps, des ressources et, surtout, une humilité face aux lois de la nature.

Jeune femme contemplant un paysage martien dans une exposition

Vers une exploration responsable : quelles perspectives pour l’avenir humain sur Mars ?

L’envie d’explorer Mars ne faiblit pas, mais les agences spatiales et les industriels avancent désormais avec circonspection. Les grands projets actuels, comme Mars Sample Return piloté par la NASA et l’ESA, s’inscrivent dans une logique de prudence : rapporter des échantillons martiens sur Terre avant d’imaginer une présence humaine. L’Europe, avec ExoMars et le rover Rosalind Franklin, s’intègre dans cette dynamique de coopération internationale. L’objectif : comprendre, vérifier, chercher des traces de vie passée, avant de prendre le moindre risque supplémentaire.

Pour préparer une aventure humaine sur Mars, les prochaines décennies s’organisent en étapes. La Lune revient au centre du jeu avec Moon Village (ESA) ou la mission Artemis de la NASA. La construction de la Lunar Gateway, future station orbitale lunaire, servira de laboratoire à ciel ouvert : gestion du temps long, adaptation physiologique, logistique énergétique… La proximité de la Lune permet d’apprendre, de tester, de corriger avant de viser l’éloignement radical de Mars.

La préparation de l’exploration humaine martienne s’appuie sur une progression raisonnée, structurée par les missions robotiques, les analyses fines de l’environnement martien, les retours d’expérience de la station spatiale internationale ou de la future station lunaire. Loin de freiner l’élan vers Mars, la prudence scientifique trace un chemin plus sûr, plus lucide, une trajectoire où chaque pas compte, et où l’audace ne s’affranchit jamais du réel.